vendredi 11 novembre 2016

Courrier officiel du général commandant le groupement D



GROUPEMENT D                                                                                           Au Q.G., le 7 août 1916
Etat-Major
1er bureau
N° 1803 B/1
S.C.N° 5.165



                                                                               ORDRE GENERAL           N°148

Le Général-Commandant cite à l’Ordre du CORPS D’ARMEE :
        Le Capitaine GUILLOT,Pierre du 247e Régiment d’Infanterie :
        « Excellent officier venu de l’armée territoriale. Sous un violent bombardement n’a pas hésité à se porter en avant de sa compagnie pour la diriger dans sa marche. A été tué en accomplissant sa mission. »
                                                                        Le Général Commandant le Groupement D
                                                                                                       MANGIN








Lettre du commandant A. Dasseault à F. Guillot

Le 14 juillet 1916,
                                                                                                                             Madame,
               
                Hier seulement je reçois votre lettre et je m’empresse d’y répondre de suite. J’aurai pu le faire plus tôt mais cela m’était impossible n’ayant pas votre adresse et de plus la division étant au repos depuis deux jours seulement.
Vous n’ignorez pas que notre division qui, jusqu’ici, avait été privilégiée, avait été transportée à Verdun, et que pendant 10 jours, attaquée et contre-attaquant, elle a perdu la moitié de son effectif. La proportion en oficiers blessés et tués a été encore plus grande.
Le premier jour de l’arrivée, alors que je faisais la reconnaissance du terrain que nous devions occuper, avec mes commandants de compagnie, un obus vint tomber au milieu de notre groupe tuant deux capitaines dont votre cher mari, et deux sous-officiers. Nous commencions à payer de malchance, puisque le bataillon perdait, dès le début, ses deux meilleurs chefs d’unité, un troisième ne devat pas tarder à les suivre. Pour nous tous, les premières pertes furent cruelles.
Guillot, que j’affectionnais beaucoup, et qui était un serviteur zélé, commandant de Cie parfait, aimé de ses hommes, est le premier du bataillon qui soit tombé à Verdun. Il est mort sur le coup, sans aucune souffrance. Je l’ai vu queques heures après, sa figure était tout à fait reposée et ce doit être une consolation pour vousde savoir que comme certains des nôtres, il n’a pas connu les affres de la douleur longtemps avant de mourir. J’ai fait retirer tous les corps de mes officiers tués et les ai fait transporter à Verdun où ils reposent tous les uns à côté des autres.
La croix de guerre que j’ai demandée pour lui, ne tardera pas à vous être remise, je l’espère, et sera pour vous, un souvenr glorieux de votre cher époux qui est mort en donnant son sang pour le salut de son pays.
Veuillez agréer madame, avec mes sincères condoléances, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.
Commandant A. Desseault,
 4ème bataillon du 247ème.

Je vais donner des ordres pour que sa cantine vous soit adressée le plus tôt possible.




                                     

                     







Commémorations du 11 novembre

Le 11 novembre 1918, les représentants français et allemands signaient l’armistice, et le cessez-le-feu était déclaré à 11 heures du matin, marquant la fin de plus de cinq ans de combats.
Depuis 1922, le 11 novembre est un jour férié en France, en l’honneur des soldats du premier conflit mondial. Depuis 2012, cette date est la journée d’hommage à tous les morts pour la France. Il est en effet primordial de ne pas oublier toutes ces personnes dont la vie a été interrompue par cette guerre et toutes les autres.

Cette cérémonie nous pose la question du souvenir et de la mémoire, qui sont parfois difficiles à transmettre.
De nombreux artistes de cette période, qu’ils aient participé ou non aux combats, évoquent la guerre et ses victimes, et prennent part à la mémoire collective de cette periode. C’est le cas de Félix Valloton, qui peint en 1917 « le cimetière militaire de Châlons », l’alignement de croix à perte de vue nous révélant le nombre impressionnant de morts au combat, et nous amenant à nous interroger sur la possibilité de se souvenir de chacun de ces nombreux soldats. La mémoire individuelle des familles touchées par la perte d’un proche lors de la guerre est donc tout aussi importante, même si elle est bien trop souvent négligée. Les générations suivantes ne sont que peu conscientes que leurs ancêtres ont participé à cette guerre qu’ils étudient, avec plus ou moins de détails, lors de leur scolarité.


Le cimetière de Châlons, F. Vallotton


Les soldats tués lors du conflit mondial ont laissé 3 millions de veuves et 6 millions d’orphelins. Franceline Deymonaz, épouse Guillot, et ses quatres enfants, âgés de 4 à 10 ans lors de la mort de leur père sont de ceux-là. Nous reproduisons ici les courriers leur annonçant la mort de Pierre Guillot « au champ d’honneur », en souvenir de lui et de tous les soldats tués lors de la Première Guerre mondiale, ainsi que pendant les autres conflits, passés ou présents.

mardi 28 juin 2016

28 juin 1916 : funeste journée


Le 28 juin 1916, alors qu’il était arrivé à Verdun depuis 2 jours, le Capitaine Pierre Guillot est, selon la terminologie officielle, « tué à l’ennemi ».
L. Amiel, un de ses camarades, et qu’il citait à de nombreuses reprises dans son carnet, est également décédé le 28 juin.




Le 28 juin marqua le début d’une semaine très meurtrière pour les hommes du 247ème Régiment d’Infanterie, semaine pendant laquelle plus de 150 militaires de ce régiment périrent.



Printemps 1916

Le 4 mars 1916 est la dernière date à laquelle Pierre Guillot a noté ce qu’il vivait dans son carnet. Nous pouvons, grâce au journal de son Régiment, résumer ce qu’il a vécu. Pendant les 4 mois qui ont suivis cette date, son quotidien a été semblable à celui déjà décrit : il alternait les périodes de combat en 1ères lignes et les temps de « repos », d’entraînement et de consolidation du front à l’arrière.
Le journal du 271ème Régiment d’Infanterie nous informe que le 7 mai 1916, « le Lieutenant Guillot est promu Capitaine à titre temporaire. »
Le 10 juin 1916, le 271ème R.I. est dissous, les membres de ce régiment sont transférés au 247ème R.I. ainsi qu’au 248ème. Pierre Guillot est affecté au 247ème.
D’après le journal de ce régiment, « Du 14 juin 1916 au 23 juin, le 247ème profitera de son séjour, hors des tranchées pour se préparer à rejoindre Verdun.
Le 23, le 247ème est embarqué en camions-auto et est dirigé sur Verdun où il arrive le 24.
La situation de Verdun était terrible à cette date de juin 1916.
 Sur les hauteurs de Thiaumont, au fort de Vaux, au fort de Souville, l’intensité du bombardement dépassait tout ce qui avait été vu jusqu’à ce jour.
C’est au milieu d’un ouragan de feu et de fer que le 247ème allait avoir à combattre.

Le 26, tout le Régiment est dans Verdun»

jeudi 3 mars 2016