Le 14 juillet 1916,
Madame,
Hier
seulement je reçois votre lettre et je m’empresse d’y répondre de suite.
J’aurai pu le faire plus tôt mais cela m’était impossible n’ayant pas votre
adresse et de plus la division étant au repos depuis deux jours seulement.
Vous n’ignorez pas que notre division qui, jusqu’ici, avait
été privilégiée, avait été transportée à Verdun, et que pendant 10 jours,
attaquée et contre-attaquant, elle a perdu la moitié de son effectif. La
proportion en oficiers blessés et tués a été encore plus grande.
Le premier jour de l’arrivée, alors que je faisais la
reconnaissance du terrain que nous devions occuper, avec mes commandants de
compagnie, un obus vint tomber au milieu de notre groupe tuant deux capitaines
dont votre cher mari, et deux sous-officiers. Nous commencions à payer de
malchance, puisque le bataillon perdait, dès le début, ses deux meilleurs chefs
d’unité, un troisième ne devat pas tarder à les suivre. Pour nous tous, les
premières pertes furent cruelles.
Guillot, que j’affectionnais beaucoup, et qui était un
serviteur zélé, commandant de Cie parfait, aimé de ses hommes, est le premier
du bataillon qui soit tombé à Verdun. Il est mort sur le coup, sans aucune
souffrance. Je l’ai vu queques heures après, sa figure était tout à fait
reposée et ce doit être une consolation pour vousde savoir que comme certains
des nôtres, il n’a pas connu les affres de la douleur longtemps avant de
mourir. J’ai fait retirer tous les corps de mes officiers tués et les ai fait
transporter à Verdun où ils reposent tous les uns à côté des autres.
La croix de guerre que j’ai demandée pour lui, ne tardera
pas à vous être remise, je l’espère, et sera pour vous, un souvenr glorieux de
votre cher époux qui est mort en donnant son sang pour le salut de son pays.
Veuillez agréer madame, avec mes sincères condoléances,
l’expression de mes sentiments les plus respectueux.
Commandant A.
Desseault,
4ème bataillon du 247ème.
Je vais donner des ordres pour que sa cantine vous soit
adressée le plus tôt possible.